Visite à la station d’épuration et à l’usine d’incinération de Sausheim

Dans le cadre du défi « Objectif Zéro Déchet » de m2a, en plus des ateliers que j’anime, des visites sont prévues au programme durant les 6 mois. Aujourd’hui, un groupe de volontaires a bravé le froid pour découvrir la station d’épuration et l’usine d’incinération de Sausheim. C’est chaudement emmitouflés dans nos manteaux et nos doudounes que nous avons commencé par la station d’épuration qui est la plus importante de l’agglomération par sa taille (il y en a d’autres plus petites comme Pulversheim, Berrwiller, Ruelisheim ou encore Wittelsheim).

La station d’épuration de Sausheim

Vous êtes-vous déjà demandé comment on traite les eaux usées des ménages et des industriels, comment ça marche ? Et bien pour traiter ces eaux qui arrivent de 24 communes, il faut des hommes et des stations. C’est une équipe de 23 personnes qui gère les différents sites, et quand on y pense c’est moins de 1 personne par agglomération pour gérer ce colossal travail de redonner « vie » à une eau sale. Le Sivom de la région mulhousienne (Syndicat intercommunal à vocation multiple) propriétaire de la station, en a confié l’exploitation à Véolia.

Après une explication très claire sur les différentes étapes du circuit d’assainissement, nous sommes allés sur le site voir et aussi sentir les « bonnes » odeurs qui émanent des bassins. Fort heureusement, il fait froid en ce moment. J’imagine en été par fortes chaleurs, un masque anti odeur doit être le bienvenu ! La station traite 75 000 m3 par jour d’eaux usées.

visite station epuration sausheim zero dechet

Si j’ai bien retenu, il y a plusieurs étapes qui permettent de transformer ces eaux usées :

  1. Tout d’abord, les eaux usées des particuliers mais aussi des industriels arrivent à la station grâce à un immense réseau souterrain de tuyaux, l’effluent est relevé par 4 vis d’Archimède (sous les 4 gros tuyaux jaunes sur la photo), afin d’être traité par la station d’épuration et évacué en fin de parcours vers le Grand Canal d’Alsace qui se jette dans le Rhin.
  2. L’eau est envoyée vers les dégrilleurs (phase de dégrillage). Cela permet de trier les déchets volumineux, comme les fameuses lingettes ou tout autre objet qu’on a eu la mauvaise idée de jeter dans les toilettes (cotons tiges, papiers, chiffons, etc). Puis ces eaux traversent des bassins rectangulaires de pré-traitement qui permet aussi de débarrasser l’eau des sables et des graisses.
    sausheim sivom station
  3. Et voici les fameuses lingettes recueillies avec tout un tas d’autres objets  :eaux usees lingettes
  4. L’eau est ensuite envoyée vers 2 bassins de décantation (phase de décantation primaire) qui permet de retenir une partie de la pollution dans l’eau.decantation primaire sivom sausheim
  5. Puis l’eau arrive dans 3 bassins d’aération pour un traitement biologique, des bactéries vont manger la pollution (bon appétit) pour l’éradiquer. De l’air est insufflé dans l’eau pour aider les bactéries à faire leur travail. Exceptionnellement il est nécessaire de mettre de l’eau de javel dans cette phase pour réguler la population de bactéries filamenteuses. (L’eau de javel sert à « abattre » la population de bactéries filamenteuses qui sont non désirées, c’est un traitement de secours rare)bassin d'aération
  6. Puis l’eau voyage encore pour subir la phase de clarification afin d’être débarrassée des pollutions organiques et des boues (ces dernières vont être déshydratées et brûlées à l’incinérateur qui est juste à côté).clarification
  7. Un laboratoire en interne vérifie tous les jours la qualité de l’eau, en faisant des analyses, car l’eau rejetée dans la nature fait l’objet d’une réglementation très stricte. Cependant, tout ne peut pas être traité, comme les microbilles en plastiques (présentes dans des cosmétiques par exemple), ou encore des traces d’antibiotiques, de pilules contraceptives, etc. Il existe d’autres phases du traitement de l’eau en cas de pluies par exemple, ou encore au niveau des odeurs, car l’eau est « lavée » et désodorisée dans des tours de désodorisation.

astuces

Nous pouvons agir tous les jours avec des gestes simples, afin qu’une eau la moins « sale » possible sorte de nos habitations, en éradiquant tout simplement les produits ménagers industriels, en supprimant les produits cosmétiques, et surtout, en ne jetant aucun objet ni médicament dans les toilettes. Les huiles de fritures doivent être emmenées à la déchetterie.

 

L’usine d’incinération de Sausheim

Fin 1996, premier coup de pioche pour la construction de cette usine (appelée unité de valorisation énergétique), qui a remplacée celle de Didenheim, qui était saturée et techniquement dépassée, et ne respectait plus les normes de rejets de fumées. D’un investissement de 50 millions d’euros (328 millions de francs à l’époque), cette installation industrielle permet de traiter 170 000 tonnes de déchets par an. On est bien loin du zéro déchet, n’est ce pas ? Le groupe Suez en assure son exploitation, avec 54 collaborateurs.

Le site fonctionne 24 heures/24 et 365 jours par an avec une pause au printemps et au début de l’automne pour la maintenance et les réparations. Les déchets ne sont pas simplement brûlés et détruits, mais permettent également la production d’énergie, revalorisée sous forme d’électricité et de vapeur dite énergie « verte ».  Ainsi 70 % des besoins   en vapeur des Papeteries du Rhin sont couverts.

usine incineration sausheim

Quels sont les déchets qui arrivent dans ce site ? Notre fameuse poubelle brune, c’est à dire nos déchets ménagers qui n’ont pas pu être ni compostés ni recyclés. Des déchets industriels, des déchets hospitaliers (appelés DASRI) et les boues de la station d’épuration qu’on a vues précédemment.

Tous les déchets sont-ils détruits ? Et bien non, il y a des restes  : les mâchefers (déchets solides provenant de la combustion),  et des scories sous chaudières. En France on en produit 3 millions de tonnes par an. A Sausheim, c’est 8% de « restes », soit 14 tonnes par an qui sont envoyés et enfouis à Dijon.

machefers scories

Le petit mot de la fin

On pourrait penser que face à cette montagne de déchets et d’eaux usées peu ragoutantes, nos efforts au quotidien pour tendre vers le zéro déchet sont minimes, cependant je dis toujours «  on ne peut pas changer le monde, mais on peut se changer soi-même« . Heureusement qu’on a de telles infrastructures dans nos pays industrialisés, car dans d’autre parties du monde, les déchets sont entassés à ciel ouvert ou sur des plages et se déversent dans les océans,  (voir le film Trashed avec Jérémy Irons, édifiant !). Certes, ce n’est pas une raison pour continuer à consommer frénétiquement, et à épuiser les ressources de notre planète, il y aura aussi toujours des « déchets », des objets cassés irréparables, des déchets dangereux (comme les déchets hospitaliers) ou autre. Mais nous pouvons individuellement sortir de la convoitise et de la concupiscence, apprendre à vivre avec peu, devenir plus conscient des impacts de nos gestes au quotidien, et se défaire des croyances et préjugés issus de l’air du temps, de la publicité, de la mode. Cela est à notre portée et procure un allègement incroyable et de la joie !

 

Pour finir, voici une vidéo qui résume en images toutes les étapes :

Crédits photos : (c) Sivom, Céline Portal

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