La mafia du plastique

Article rédigé par M. & Mme Recyclage

Tout commence il y a 27 ans, en 1992. Un décret modifiant le code de l’environnement met en place la responsabilité élargie des producteurs. Le principe est simple : créer en France, un cadre légal où celui qui pollue, c’est celui qui paye la gestion de sa pollution (Pollueur = Payeur). Suite à ce décret, des éco-organismes comme écoemballage voient le jour.

Aparté : On rappelle que le point vert signifie que l’entreprise participe financièrement à la collecte, au tri et au recyclage des emballages. En aucun cas, il ne montre la recyclablité de l’emballage sur lequel il est inscrit. Pour en savoir plus sur les logos du recyclage rendez – vous ici !


Mais, un éco-organisme c’est quoi ? C’est une entreprise privée agréée par l’état. L’agrément stipule les contraintes imposées par l’état. On y retrouve par exemple, l’obligation de laisser aux pollueurs/payeurs l’influence nécessaire dans la prise de décision. Ces éco-organismes rassemblent donc tous les pollueurs d’une filière donnée. Comme avec l’exemple ci-dessus : les producteurs, distributeurs et importateurs d’emballages ménagers.
L’éco-organisme collecte une taxe chez le pollueur en fonction du nombre de produits vendus. Cette taxe est censée servir pour payer la fin de vie des produits. L’initiative semblait noble et éco-responsable. Mais dans un écosystème industriel où chacun engrange du profit en mettant sur le marché des emballages, une telle initiative n’est-elle pas un mythe ? Ce mythe ne serait-il pas en même temps le tour de passe-passe qui permet de passer du principe de pollueur-payeur au principe de consommateur-payeur/environnement détruit ?

La taxe imposée aux pollueurs est appelée officiellement éco-contribution amont pour les collectivités. Taxe que l’on retrouve directement en tant que consommateur à l’achat du produit sous son autre nom : l’éco-participation.

C’est comme si à l’achat d’un produit, on remplaçait TVA par PVA : participation sur la valeur ajoutée. Une participation, qu’elle soit éco ou non, voilà une imposition qui cache bien son nom !

Quoi qu’il arrive, l’éco-responsabilité d’un producteur se résume donc à taxer son consommateur tout en prétendant lui-même participer au financement du recyclage. Mais au final, c’est bien les consommateurs qui financent le recyclage des produits qu’ils achètent…

Mais venons-en à l’éco-organisme qui nous intéresse réellement ici, CITEO, l’éco-organisme agréé jusqu’en 2022 pour la gestion de l’éco-taxe de nos emballages ménagers comme les bouteilles en plastique. Nous allons voir ci-dessous, ses potentiels vices de création et pourquoi il ne faudrait malheureusement pas compter sur une telle organisation pour faire de demain un monde meilleur.

CITEO prétendrait réduire à la source les emballages, en finançant des études d’éco-conceptions. C’est-à-dire, des études pour optimiser le poids ou les matériaux des emballages. La logique voudrait que l’on réduise le nombre d’emballage plutôt que de les optimiser… En effet, un emballage optimisé reste un emballage produit à jeter et à gérer par CITEO. Cependant, est-ce dans l’intérêt de CITEO d’avoir un réel impact sur la diminution des emballages ménagers ?

Combien des 797,4 Millions d’euros de l’éco-taxe récolté cette année auront réellement servi à réduire à la source les déchets d’emballage ? Cette éco-conception s’appuie sur les avis techniques du COTREP. Lui-même, financé au 3/4 par l’éco-taxe et au quart par la filière principale de recyclage des plastiques: Valorplast. Les avis du COTREP servent de guide dans le choix des matériaux pour assurer un meilleur recyclage. Cependant, parfois le guide est en contradiction avec celui proposé par la plateforme européenne… On marche sur la tête.

Le marché des déchets européens est un marché ouvert ! Une bouteille consommée en France peut être recyclée en Allemagne ou en Roumanie en fonction de l’offre et de la demande. Les recommandations techniques françaises (payées par nos Éco-taxes) devraient donc s’accorder sur les recommandations européennes pour ne pas poser de problème lors de leur recyclage en dehors de la France !

L’éco-conception sert aussi à justifier les dépenses en communication pour sensibiliser le grand public qui n’a pas conscience que sa bouteille jetable est 20% plus légère qu’avant. D’ailleurs, environ 7% des 797,4 M d’euros de l’éco-taxe récoltée en 2019 ont servi à la communication de CITEO soit environ 56 millions d’euros en marketing ! De plus, cette communication se traduit par un éco-blanchiment institutionnel. Tout pousse le consommateur à associer le geste du tri au recyclage de ses déchets. Alors que le recyclage des plastiques n’apporte que 6% de matière à la plasturgie…

Une grande partie du plastique trié ne sera pas recyclée en dépit de l’extension de la consigne de tri et quand bien même ce serait le cas, la communication officielle insiste toujours sur la circularité de l’économie grâce aux efforts de recyclage.

La circularité ? C’est un non sens !
Du pétrole est extrait pour fabriquer un pot de yaourt. Ce pot de yaourt, bien trié, sera recyclé en isolant thermique pour le bâtiment. Il faudra donc toujours du pétrole pour faire les pots de yaourt… Il n’y a pas de cercle là dedans ! Juste, une étape de plus à une économie déjà bien linéaire.

Il semblerait que tout ce qui importe réellement, c’est que les déchets disparaissent de la poubelle des citoyens. Tous ensemble, nous pouvons alors continuer de rêver à un monde circulaire et propre tant que nous trions bien ! Bien entendu, monde dans lequel la consommation d’emballage ne sera jamais un problème !
Ne serait-ce finalement pas ce qui compterait le plus pour CITEO ?!
https://www.youtube.com/watch?v=vzqFkBYeFek&list=PL_R5WljYpsrI1gyQzfoTQhFF8efFkJeRV&index=18

Mais rassurez-vous, l’état apporte sa garantie morale et s’assure que CITEO remplisse sa mission d’intérêt publique. En effet, il est interdit pour des groupes comme VEOLIA ou SUEZ participant à la collecte des déchets et pouvant donc bénéficier de l’éco taxe de prendre des parts dans CITEO. Pour cela, les membres du conseil d’administration ont la possibilité de qualifier la situation de l’un des leur en situation de conflit d’intérêt. Mais le vrai conflit d’intérêt, c’est celui de l’état, qui légalise dans son cahier des charges le droit aux pollueurs de gérer leur pollution eux-même.

De plus, rien ne contraint un éco-organisme qui ne remplit pas ses objectifs. Depuis 7 ans, le taux de recyclage ne satisfait pas l’objectif national. Durant ces 7 ans, la rémunération des membres du conseil d’administration de CITEO a doublée. L’idée du pollueur/payeur était noble mais ne serait-ce pas une fois de plus un magnifique cadeau aux industriels ?


En attendant, laisser le système d’agrémentation des éco-organismes pour les déchets ménagers perdurer dans sa définition légale actuelle :

  • C’est taire la pollution aux micro/nano plastique que le recyclage des emballages engendre.
  • C’est taire l’échec de l’analyse de cycle de vie comme méthode éco-responsable.
  • C’est taire la complexité de l’économie européenne des déchets, ses négociants, ses courtiers, ses réglementations creuses d’import/export. (Ne nous étonnons pas de retrouver des emballages français sur les plages d’Asie.)
  • C’est taire aussi la dépendance continuelle et acharnée aux matières premières et aux dérives de l’industrie pétro-chimique.
  • Par contre c’est ressasser avec force la pensée abjecte selon laquelle accompagner la recherche de nouvelles solutions techniques et favoriser l’émergence de débouchées pérennes pour les matières recyclées feraient partie d’une quelconque mission d’intérêt publique.

Tous ces sujets là, feront bien entendu l’objet de vidéos et d’infographies plus approfondies sur notre chaîne. Pour en apprendre plus sur le recyclage, n’hésitez pas à vous abonner via votre réseau social préféré: https://linktr.ee/m.mme.recyclage

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